Parution du livre « Les requins de la fin de vie » sous-titré : « EHPAD, pompes funèbres, tutelles, maisons de retraite : ENQUÊTE SUR UN PILLAGE ORGANISÉ »

de Roger Lenglet et Jean-Luc Touly

Editions Michel Lafon



Le mois d’octobre 2020 a vu paraître l’un de ces livres-brûlots annonçant un scandale de grande ampleur : « Les requins de la fin de vie » sous-titré : « EHPAD, pompes funèbres, tutelles, maisons de retraite : ENQUÊTE SUR UN PILLAGE ORGANISÉ » (Roger Lenglet et Jean-Luc Touly – Editions Michel Lafon).

Qu’en retenir pour le bien de tous, à commencer par les plus âgés d’entre nous ?

La lecture de cet ouvrage peut être laborieuse si l’on ne goûte guère le style outré, ironique et moralisateur à jet continu tout au long de ses 236 pages. Mais l’on a lu pire et il serait dommage de s’arrêter à cette considération de forme.

Autant que nous puissions en juger, ce travail paraît sérieux dès lors qu’on admet le parti pris de ces enquêtes exclusivement à charge, autrement dit choisissant de ne visiter que le côté sombre des réalités humaines, seuls quelques mots de principe étant dédiés au versant ensoleillé (par exemple : « Disons-le tout de même, nous avons rencontré des tuteurs qui s’efforcent de bien faire leur travail. » page 169).

Notre avis portera plus spécialement sur le chapitre 2 de ce livre qui en comporte quatre : « Abus tutélaires, un nouveau sport national ». C’est en effet parmi les trois thèmes choisis par les auteurs celui qui vise le plus directement les droits des aînés.

63 pages sont ainsi consacrées aux mesures de protection judiciaire visant les personnes âgées. On y lit des témoignages de personnes sous tutelle ou curatelle où l’on reconnaît les abus de pouvoir et autres turpitudes assez répandues dans les relations avec des personnes vulnérables. Ces abus sont d’ailleurs régulièrement dénoncés par les instances officielles de contrôle ce que ne manquent pas de souligner les auteurs.

Ce livre confirme donc que la vigilance est toujours de mise pour les personnes âgées et leurs proches quand une mesure de protection judiciaire est à l’ordre du jour. Un autre ouvrage dans le même style l’avait précédé en 2014[1].

Cependant le lecteur doit être prévenu que le tableau brossé par cette enquête est tout de même contestable dans la radicalité de sa critique. Selon notre expérience, les témoignages rapportés sont à prendre avec beaucoup plus de prudence que ne le l’implique le style des reportages-chocs.

L’on ne peut en effet prendre pour argent comptant les témoignages de personnes sous protection lesquelles sont couramment dans le déni de leurs troubles mentaux ce qui constitue souvent une part de leur maladie. Il arrive aussi que les proches de ces personnes, cohabitant avec elles et les défendant avec véhémence devant les tribunaux, soient elles-mêmes d’une lucidité toute relative.

A l’inverse, les témoignages des professionnels concernés sont inexistants au chapitre 2 de cet ouvrage à deux exceptions près en pages 121 et 160. Pas d’interview menée auprès d’un juge des tutelles ou d’un avocat bon connaisseur du domaine.

Il reste que la publication de ce livre confirme malheureusement que la justice de protection des personnes majeures (sauvegarde de justice, habilitation familiale, curatelle, tutelle) est mal acceptée par la société malgré la grande réforme de 2007 qui a donné une grande place au respect des libertés des adultes vulnérables. Et il est vrai qu’il faut trop souvent déployer une énergie peu commune pour que les beaux principes posés par la loi soient bien respectés par les divers professionnels concernés.

[1] « Les dépossédés – Enquête sur la mafia des tutelles » de Valérie Labrousse, Editions du Moment . Voir pour une présentation critique du livre : http://diegopollet-avocat.businesscatalyst.com/diego-pollet-blog/